đŸ‡«đŸ‡· La maladie de l’Église s’appelle le postmodernisme

Aux racines de la crise actuelle.

La Sainte MĂšre Église, est confrontĂ©e Ă  une crise sans prĂ©cĂ©dent dans toute son histoire. Les abus en tous genres, et particuliĂšrement dans la sphĂšre sexuelle, ont toujours existĂ© dans le clergĂ©.  Toutefois, l’épidĂ©mie actuelle se trouve au croisement d’une crise morale et d’une crise doctrinale dont les causes sont plus profondes que de simples Ă©carts de conduite de la part de certains membres de la hiĂ©rarchie et du clergĂ©.  Il faut gratter un peu la surface et creuser plus en profondeur.  La confusion doctrinale provoque le dĂ©sordre moral et vice-versa ; les abus sexuels ont prolifĂ©rĂ© pendant des annĂ©es en profitant du laisser-aller, au point de rendre peu Ă  peu anachronique la doctrine en matiĂšre de morale sexuelle.

Il ne fait aucun doute, comme l’a dĂ©clarĂ© l’évĂȘque anglais Philip Egan de Portsmouth, que cette crise s’étend sur trois niveaux : “primo, une longue liste de pĂ©chĂ©s et de crimes commis les jeunes de la part des membres du clergĂ© ; secondo, les cercles homosexuels qui gravitent autour de l’archevĂȘque Theodore McCarrick mais que l’on retrouve Ă©galement dans d’autres milieux d’Église ; et tertio, la mauvaise gestion et la couverture de toutes ces affaires par les plus hautes sphĂšres de la hiĂ©rarchie de l’Église”.

Jusqu’oĂč faut-il remonter dans le temps pour identifier les racines de cette crise?  On peut identifier deux causes principales de nature morale.  La premiĂšre est liĂ©e de maniĂšre lointaine au problĂšme qui afflige l’Église, l’autre de maniĂšre plus immĂ©diate.

*

La premiĂšre cause trouve ses racines dans la rĂ©action Ă  de l’encyclique “Humanae vitae”. En critiquant l’alliance indissoluble entre le principe unitif et procrĂ©atif du mariage, on en est venu Ă  tolĂ©rer et Ă  justifier au nom de l’amour toutes les autres formes d’union.  L’amour devait ĂȘtre placĂ© avant et au-dessus de la fixitĂ© de la nature.  La contraception Ă©tait considĂ©rĂ©e comme un moyen moral lĂ©gitime permettant de prĂ©server l’importance de la responsabilitĂ© de l’homme par rapport Ă  la loi de Dieu, aussi bien naturelle que surnaturelle.

En rĂ©alitĂ©, le scĂ©nario qui se dessinait Ă©tait bien diffĂ©rent. De fait, si la procrĂ©ation n’est plus la fin premiĂšre du mariage, qu’est-ce qui empĂȘche ensuite de la sĂ©parer de l’amour, de sĂ©parer l’amour de la procrĂ©ation et ensuite de justifier une procrĂ©ation sans union comme conclusion logique d’un amour sans procrĂ©ation ?  On a donc fait la promotion active, dans la sociĂ©tĂ© et dans l’Église, d’un amour stĂ©rile, isolĂ© de son contexte naturel et sacramentel.

C’est l’identitĂ© de l’amour qui Ă©tait en jeu. Comme l’a rĂ©cemment soulignĂ© l’évĂȘque Kevin Doran, prĂ©sident de la commission de bioĂ©thique de la ConfĂ©rence Ă©piscopale irlandaise, il y a « un lien direct entre la ‘mentalitĂ© contraceptive’ et le nombre Ă©tonnamment Ă©levĂ© de personnes qui semblent prĂȘtes Ă  dĂ©finir aujourd’hui le mariage comme Ă©tant une relation entre deux personnes sans distinction de sexe Â».  Il a Ă©galement ajoutĂ© que si l’on pouvait sĂ©parer l’acte d’amour de la procrĂ©ation, « alors, il devient assez difficile d’expliquer pourquoi le mariage devrait ĂȘtre entre un homme et une femme. Â»

La crise actuelle de l’Église trouve son origine d’une part en la manifestation d’une crise d’identitĂ© sexuelle, c’es-Ă -dire en une rĂ©bellion idĂ©ologique contre le magistĂšre enracinĂ© dans une tradition morale constante, et d’autre part dans l’incapacitĂ© de regarde le vrai problĂšme en face, c’est-Ă -dire l’homosexualitĂ© et les cercles homosexuels au sein du clergĂ©. Plus de 80% des cas d’abus sexuels connus commis par le clergĂ© ne relĂšvent en effet pas de la pĂ©dophilie mais bien de la pĂ©dĂ©rastie.  On a banalisĂ© la conviction que toute forme d’amour est acceptable au nom du relĂąchement de l’interdit de la contraception, mĂȘme si les formules dogmatiques elles-mĂȘmes n’ont pas changĂ©.  La vĂ©ritable essence du Modernisme consiste Ă  inverser la thĂ©orie et la pratique en accoutumant les gens aux usages acceptĂ©s par le plus grand nombre.

« Humanae vitae Â» a fait l’objet d’une contestation encore jamais vue auparavant depuis l’intĂ©rieur de l’Église. Un livre intitulĂ© « The Schism of ‘68 Â» dĂ©crit entre autre la maniĂšre dont les catholiques se sont battus pour un aggiornamento sexuel.  Le mot « Aggiornamento Â» est l’une des mots-clĂ©s pour interprĂ©ter Vatican II et ses textes.

Des cardinaux, des Ă©vĂȘques et des Ă©piscopats entiers ont pris une part active Ă  cette rĂ©bellion. Le primat de Belgique, le cardinal Leo Joseph Suenens, est mĂȘme parvenu Ă  faire publier par la ConfĂ©rence Ă©piscopale belge toute entiĂšre une dĂ©claration s’opposant Ă  « Humanae vitae Â» au nom de la soi-disant libertĂ© de conscience.  Cette dĂ©claration, ainsi que celle formulĂ©e par la ConfĂ©rence des Ă©vĂȘques allemands, servit de modĂšle Ă  d’autres pays.  Le cardinal John C. Heenan de Westminster dĂ©crivait la publication de l’encyclique du pape Jean-Baptiste Montini sur la transmission de la vie comme Ă©tant « le plus grand choc depuis la RĂ©forme Â».  Le cardinal Bernard Alfrink, avec neuf autres Ă©vĂȘques hollandais, alla jusqu’à voter en faveur d’une dĂ©claration d’indĂ©pendance qui invitait le peuple de Dieu Ă  rejeter l’interdiction de la contraception.

En Angleterre, plus de 50 prĂȘtres ont signĂ© une lettre de protestation publiĂ©e dans « Time Â». Parmi ces prĂȘtres, on trouvait Ă©galement Michael Winter, qui, en parlant de sa dĂ©cision d’abandonner la prĂȘtrise, dĂ©clarait qu’elle avait Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e par la crise Ă  propos d’« Humanae vitae Â».  Winter finit par se marier et a publiĂ© en 1985 un livre intitulĂ© « Whatever happened to Vatican II ? Â» dans l’espoir de ressusciter l’enseignement conciliaire contre ce qu’il considĂ©rait comme son enterrement par les autoritĂ©s romaines.  Il Ă©tait sans doute convaincu qu’il fallait chercher cette conception de la contraception comme suprĂ©matie de l’amour dans l’enseignement de Vatican II.  Winter Ă©tait Ă©galement un membre fondateur du Mouvement pour un clergĂ© mariĂ©.  Ce qui est assez Ă©tonnant – Winter n’étant pas un cas isolĂ© – du point de vue du clergĂ©, c’est le drame que certains d’entre eux ont du vivre quand, selon leurs propres termes, on a jetĂ© le fardeau de l’interdiction de la contraception sur les Ă©paules des laĂŻcs.  Comment pouvaient-ils vraiment comprendre – si tel Ă©tait bien le cas – une telle souffrance ?

Toutefois, la question est ailleurs : si l’on a lĂ©gitimĂ© une protestation “officielle” menĂ©e par des cardinaux et des Ă©vĂȘques contre « Humanae vitae Â», sous prĂ©texte qu’elle Ă©tait en ligne avec l’idĂ©ologie du moment – n’oublions pas que ces annĂ©es-lĂ , le mouvement de mai 68 visait Ă  subvertir la morale chrĂ©tienne au nom du sexe libre – on comprend mieux la montĂ©e mentalitĂ© « officielle Â» justifiant l’homosexualitĂ© dans le clergĂ© et tout type d’union sexuelle, au point de devenir un jour majoritaire.

« Si la question se trouve devant le gouvernail de notre conscience Â», comme l’écrit Tom Burns dans « The Tablet Â» du 3 aoĂ»t 1968 (le mĂȘme Ă©ditorial a Ă©tĂ© republiĂ© le 28 juillet 2018), il peut toujours il y avoir un conscience qui rejette le gouvernail comme tel. Une conscience qui ne serait pas prĂ©alablement Ă©clairĂ©e par le vĂ©ritĂ© est comme une barque ballottĂ©e par les flots de la mer.  TĂŽt ou tard, elle finit par couler.  La conscience seule – c’est-Ă -dire une conscience sans vĂ©ritĂ© – n’est pas une conscience morale.  Elle doit ĂȘtre Ă©duquĂ©e afin de poursuivre le bien et rejeter le mal.

Ce n’est pas un mystĂšre que ceux qui travaillent Ă  enterrer dĂ©finitivement « Humanae vitae Â» sont aussi ceux-lĂ  mĂȘmes qui se rĂ©jouissent de la promulgation d’« Amoris laetitia Â», comme si on avait finalement comblĂ© un vide d’amour de l’enseignement de l’Église. Une certaine tendance thĂ©ologique actuelle prĂ©tend Ă  dĂ©passer « Humanae vitae Â» par « Amoris laetitia Â» en reliant cet enseignement rĂ©cent du Pape François sur l’amour dans la famille directement avec « Gaudium et spes Â» sans plus aucune rĂ©fĂ©rence Ă  « Humanae vitae Â» et Ă  « Casti connubii Â».  La tentation d’isoler Vatican II de toute la tradition de l’Église est encore bien prĂ©sente.  Mais il en va de la « conscience seule « comme d’un document particulier du magistĂšre comme de « Gaudium et spes Â» ou d’« Amoris laetitia Â».  Aucun document ne peut ĂȘtre lu Ă  sa propre lumiĂšre mais uniquement Ă  celle de la tradition ininterrompue de l’Église.

*

AprĂšs le temps de la rĂ©volte charnĂ©e, vint le temps du silence de la doctrine. Ce qui nous amĂšne Ă  la cause immĂ©diate de ce scandale : l’abandon de la doctrine du pĂ©chĂ©.  Le mot « pĂ©chĂ© Â» avait dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  disparaĂźtre de la prĂ©dication post-conciliaire.  ON avait dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  ignorer le pĂ©chĂ© en tant que sĂ©paration de Dieu et d’offense contre lui pour se replier sur les crĂ©atures.  On avait alors comblĂ© ce grand vide laissĂ© par le doctrine du pĂ©chĂ© avec des considĂ©rations psychologiques sur les conditions multiples de la faiblesse humaine.  On a remplacĂ© la thĂ©ologie spirituelle par la lecture de Freud et de Jung qui devinrent les vĂ©ritables maĂźtres dans de nombreux sĂ©minaires.  Le pĂ©chĂ© devint sans importance alors que l’estime de soi et le dĂ©passement de tous les tabous, particuliĂšrement en matiĂšre sexuelle, devenaient les nouveaux leitmotivs.

D’autre part, une nouvelle thĂ©ologie de la misĂ©ricorde, particuliĂšrement celle promue par le cardinal Walter Kasper, a encouragĂ© une nouvelle vision de la misĂ©ricorde de Dieu comme attribut intrinsĂšque de l’essence divine (si c’est le cas, il y a‑t-il donc un pardon divin de Dieu avec Lui-mĂȘme, Ă©tant donnĂ© que la misĂ©ricorde requiert le repentir et le pardon ?) afin de dĂ©passer la justice punitive en la transformant en un amour qui pardonne tout. Avec cette nouvelle dĂ©finition, la punition Ă©ternelle de l’enfer a‑t-elle encore quelque chose Ă  dire ?  Ce faisant, la misĂ©ricorde est devenue un artifice thĂ©ologique pour en finir avec le pĂ©chĂ©, en l’ignorant et en le recouvrant du manteau du pardon.  L’idĂ©e de Luther sur la justification n’est pas trĂšs Ă©loignĂ©e de cette maniĂšre de voir les choses.

Il serait intĂ©ressant de demander aux auteurs de ces crimes au sein du clergĂ© ce qu’ils pensent du pĂ©chĂ©. La parole des Écritures saintes « â€Š Ceux qui sont au Christ JĂ©sus ont crucifiĂ© en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Â» (Galates 5, 24) pourrait facilement apparaĂźtre comme une morale dĂ©passĂ©e, non pas parce que la Parole de Dieu se serait trompĂ©e ou n’aurait pas Ă©tĂ© inspirĂ©e par l’Esprit Saint mais tout simplement parce que proposer un tel enseignement Ă  la sociĂ©tĂ© actuelle serait tout simplement anachronique, passĂ© de mode.  L’esprit du monde – souvent mĂȘlĂ© Ă  un soi-disant « esprit du Concile Â» — a Ă©touffĂ© la vĂ©ritable doctrine de la foi et de la morale.

Le clĂ©ricalisme serait-il Ă©galement une cause de cette crise des abus sexuels ? C’est ce que le Pape François a rĂ©pĂ©tĂ© Ă  plusieurs reprises.  Certains n’hĂ©sitent pas Ă  abuser du pouvoir clĂ©rical pour rĂ©duire en esclavage sexuel des sĂ©minaristes et des Ă©tudiants.  Cependant il est trĂšs difficile de comprendre comment le clĂ©ricalisme pourrait expliquer Ă  la seul la prĂ©dation de gĂ©nĂ©rations entiĂšres de sĂ©minaristes si l’homosexualitĂ© ne jouait aucun rĂŽle.  Cela reviendrait Ă  dire qu’un ivrogne serait toujours saoul non pas parce qu’il aurait l’habitude de boire mais uniquement parce qu’il a beaucoup d’argent Ă  dĂ©penser pour s’acheter tout l’alcool qu’il veut.

Le clĂ©ricalisme ne peut ĂȘtre la seule cause, d’autant qu’il existe sous une autre forme – plus subtile et souvent ignorĂ©e – qui est bien pire : user de son propre pouvoir clĂ©rical pour pervertir la saine doctrine. Le clergĂ© s’imagine facilement qu’il est propriĂ©taire de l’Évangile et se sent autorisĂ© Ă  distribuer des dispenses des prĂ©ceptes de Dieu et de son Église au grĂ© de la thĂ©ologie du moment.  Quand on ne s’en tient plus Ă  la droite doctrine de l’Église, on tombe facilement dans le gouffre du divertissement frivole et du pĂ©chĂ©.  Tout comme une vie de pĂ©chĂ© sans la grĂące sanctifiante de Dieu est le meilleur alliĂ© de la manipulation de la doctrine.  Doctrine de foi et vie morale vont toujours de pair.

En rĂ©sumĂ© : la cause principale de ce scandale gravissime, c’est le modernisme qui s’est aujourd’hui transformĂ© en post-modernisme.   AprĂšs avoir favorisĂ© le changement des formules dogmatiques, on en est peu Ă  peu arrivĂ© Ă  les ignorer complĂštement.  La doctrine ressemble un peu Ă  un livre important bien en sĂ©curitĂ© sur une Ă©tagĂšre couverte de poussiĂšre mais qui n’aurait plus rien Ă  dire dans notre vie de tous les jours.

Il n’y a plus aucun doute sur l’étendue de cette crise et la nĂ©cessitĂ© d’une action Ă©nergique pour extirper le mal Ă  la racine. Cependant, cette action radicale qui, nous l’espĂ©rons, sera mise en Ɠuvre rapidement, ne pourra ĂȘtre efficace que si nous revenons tout d’abord Ă  la vĂ©ritĂ© de l’amour en prenant conscience avec sagesse que la mentalitĂ© contraceptive ne nous a apportĂ© qu’un hiver dĂ©mographique glacial et une culture de la mort.  La contraception est un amour stĂ©rile et immature sorti de son contexte.  C’est cet amour mort qui menace aujourd’hui l’Eglise et dont nous dĂ©plorons les rĂ©percussions Ă  travers les abus sexuels et les scandales du clergĂ©.  La mentalitĂ© du monde a un violent impact sur la vie de l’Église.

Enfin, nous devrions Ă©galement recommencer Ă  appeler les choses par leur nom. Le pĂ©chĂ© est toujours le pĂ©chĂ©.  Si nous n’avons plus la force de le faire, c’est dĂ©jĂ  un signe qu’il a prĂ©valu.  Si en revanche nous appelons le pĂ©chĂ© par son nom, alors nous tenons prĂȘts Ă  l’éradiquer.